29.04.2007

CAVALE : L’HISTOIRE

ALORS, DE QUOI CA PARLE ?

medium_cav.jpgLes six personnages principaux jouent l’histoire qui a provoqué leur cavale : d’un côté leur vie de troupe, de l’autre l’ascension d’un gouvernement machiavélique.

 

Ce gouvernement part à priori d’une idée généreuse : supprimer la pauvreté. Mais la solution qu’il impose est de mettre en place un système qui ne laisse aucun choix aux citoyens : chacun d’entre eux doit s’enrichir ; c’est à cette condition seulement qu’on pourra attester de leur réussite. Un mot d’ordre pour cela : l’excellence partout et à tout prix.

 

Ceux qui ne mettent pas tout en œuvre pour suivre ce chemin, à l'aide d'activités qui rapportent, sont considérés comme des sous-hommes et sont laissés pour compte, voire supprimés corps et biens à un certain moment de l’histoire.

 

La clé pour la réussite de ce système est la manipulation par l’image : la télévision, la presse, tout l’environnement quotidien sont envahis par des images et des informations choisies par les dirigeants. Ces images ont pour but d’imposer à tous les esprits une certaine normalité propice au projet de ces dirigeants. A force de ne voir qu’une seule voie possible, la population ne la remet plus en cause.

 

Ainsi l’ensemble des individus de ce pays suit la route tracée pour le seul avantage des plus puissants et tout le monde semble convaincu que c’est la meilleure chose qui puisse exister. Seuls nos héros vont essayer, avant leur départ, d’éclairer une autre voie possible, mais…

 

CERTAINS DETAILS SEMBLENT D’ACTUALITE…

C’était évidemment le but : se servir d’étrangers qui nous parlent de chez eux et nous montrent involontairement medium_Photo_0100.jpgles travers de chez nous qu’ils sont censés ignorer.

 

Mais en commençant les grandes lignes de cette histoire, il y a trois ans, je ne pensais pas que je collerais à ce point à l’actualité. Je pensais caricaturer des évènements inspirés du passé, inventer des choses improbables et, mis à part quelques exagérations, la plupart de mes inventions ont également germé dans le cerveau de certains de nos politiciens.

 

Par exemple, un petit détail m’a glacé dans l’actualité de ces derniers mois (et je sais que je ne suis pas le seul) particulièrement parce que ce "détail" faisait partie des idées que j'avais couchées sur le papier : j’avais emprunté à une page sombre de l’histoire européenne un épisode concernant des études génétiques afin d’améliorer la race humaine. Dans mon histoire il s’agit d’identifier le gène de la pauvreté afin que les individus le possédant soient mis le plus tôt possible au rebus pour que l’état ne gaspille pas son argent pour des êtres qui ne seront jamais rentables. Il me semble avoir entendu parler d’une chose de ce genre dans la bouche d’un des candidats à la présidentielle, non ?... Ce n’était pas le gène de la pauvreté, mais bon, c’était un gène quand même !

 

A suivre…

19.03.2007

ECRITURE : LA SUITE

24 décembre 2006.

 

Direction la campagne varoise où je vais m’isoler pendant dix jours. La frustration de trois mois sans écrire va se révéler un moteur suffisant pour démarrer au quart de tour. Qu’il est bon de retrouver ces personnages que j’ai laissés à l’état d’embryon et que je vais enfin pouvoir faire grandir !

 

Bien sûr, je vais encore avoir mes passages à vide, mes doutes : mon histoire a-t-elle vraiment un intérêt pour d’autres que moi ? Vais-je réussir à écrire clairement ce que j’ai en tête ? Après des créations à partir de Molière et de Brecht, n’est-il pas un peu prétentieux et inconsidéré d’imposer mon texte ?... En général s’ensuivent un ou deux jours de page blanche ! 

 

Mais c’est en me nourrissant des images de mes inspirateurs que l’excitation et l’inspiration sont revenues.

 

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l'Ange Bleu - Josef von Sternberg
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The Unknown - Tod Browning
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Le Cabinet du Docteur Caligari - Robert Wiene
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La Caravane de l'Etrange - Daniel Knauf

 

 

 

4 Février 2007.

 

Retour à Paris, by night. Salut Montmartre ! Un peu plus de quatre mois se sont passés depuis notre dernière rencontre, et figure-toi que je touche au but : plus que sept tableaux à coucher sur le papier.

Cette fois-ci, seulement trois semaines se sont écoulées depuis mes dernières lignes : tout est encore frais dans ma tête ; un peu comme si les personnages étaient maintenant de vieux amis. C’est la dernière ligne droite et l’inspiration, pour une fois, ne me lâche pas. Je me rends compte que finalement je peux réussir ce que je croyais impossible !

Durant mon séjour j’ai décidé d’aller voir la version française du show de Broadway, Cabaret, histoire de me plonger plus ou moins dans le milieu naturel de mes six héros.

 

La visite des Folies Bergères vaut le déplacement : on sent l’Histoire dès l'entrée dans le hall. La salle a été transformée en cabaret des années 30 pour l’occasion. Je me sens un peu comme dans un film.

 

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Mais soudain la réalité me rattrape : j’ai payé 49€ pour me retrouver en fond de salle, derrière un pilier et une colonie de tables ! Et en plus ce soir-là, c’est le soir des remplaçants ! Le M.C. est vraiment très bien, mais celle qui joue Sally Bowles s’est trompée de spectacle… elle semble tout droit sortie d’une opérette proprette (n’est pas Lisa Minelli qui veut…) !

L’ensemble est assez décevant : un superbe décor, mais sans originalité, un big band de première classe, mais des costumes et des chorégraphies d’une pauvreté affligeante, un jeu très inégal -voire inexistant- une histoire plate et caricaturale comme seul Broadway en a le secret ! C’est dur de passer après Bob Fosse !

Cela m’a donné une envie : faire un spectacle dont les gens ne diront pas ce que je viens de dire !

Un peu de pression, ça ne fait de mal à personne !!

 

4 mars 2007.

medium_vinon_1_.jpgRetour à la campagne... Comme un rendez-vous.

Cette fois-ci tout existe sur le papier (après quelques sauvegardes ratées m'imposant la ré-écriture de certaines scènes !) et ne demande qu’à être remanié, corrigé, vivifié.

Une grande nouvelle pour les six héros que j’ai quittés sur les dernières lignes d’un épilogue, trois semaines auparavant : ils ont pris corps lors des dernières séances de travail (encore un peu de patience et vous en verrez des images très bientôt !). Je les entend d'autant mieux parler que je les ai vus en chair et en os il y a quelques temps sur scène !

Cette fois-ci, c’est une partie de plaisir. Plus de grands doutes paralysants. Juste de l'excitation et ce qu'il faut d'inconscience. J’ai le vent en poupe. Je ne ferai pas de miracles : il me faudra y revenir plusieurs fois avant d’avoir entre les mains la pièce définitive, mais je sens qu’avec cette semaine et encore un peu de travail derrière, j’aurai de quoi mettre tout ça en jeu. Comme à chaque création, l’écriture se peaufine avec le travail en scène… Les évidences ne peuvent venir que du jeu, c’est leur milieu naturel !

Patrick Rabier

14.03.2007

ECRITURE : 1ERE EPOQUE

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Mardi 4 juillet 2006.

Le jour de mes 40 ans. Richard Martin me propose une co-production avec le théâtre Toursky. Quel plus beau cadeau pouvait-on me faire ?

Le compte à rebours est lancé : j'ai un an et demi pour écrire cette pièce. Mais quand je regarde mon emploi du temps de la saison à venir, j'ai quelques sueurs froides. Il faut donc que je m'y mette sur le champ.

L'excitation est là. L'envie aussi. Je rassemble toutes les notes que j'ai accumulées ces dernières années en vue de cette pièce. Et, acte symbolique, j'achète LE cahier qui servira à rassembler tout ça de manière plus sélective.

Mais des évènements inattendus et peu sympathiques me retiennent tout le mois de juillet au théâtre Marie-Jeanne. Impossible d'avoir la tête suffisamment disponible pour l'écriture. J'ai une gros problème : pour moi impossible d'écrire si je ne m'y donne pas de amnière exclusive. Gérer les affaires courantes, dénouer les problèmes et faire travailler mon imagination en même temps ? Non, décidément, mon cerveau n'est pas entraîné à ça.

Alors que faire ? Remettre ça au mois d'août ? Pas raisonnable. Après la saison que je viens de vivre, quelques semaines de pause me sont indispensables. Ce sera donc pour septembre. Une seule semaine semble propice... C'est déjà ça ! C'est donc décidé : j'irai écrire à Paris. Je prends mon billet de TGV.

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Lundi 25 septembre 2006.

Arrivée à Paris. Direction Montmartre. Station Lamarck-Caulincourt. Quel meilleur endroit à Paris que Montmartre pour écrire ?

Je m'installe dans l'appartement où je serai seul pendant deux jours. Je sors mes feuilles volantes, mon cahier, mes documents pris sur internet, des magazines et journaux dont les articles ou reportages ont retenu mon attention... Je crée mon espace, si important pour me laisser porter par l'inspiration.

Cette semaine sera surtout dédiée à faire le tri de mes idées. Surtout ne pas partir sur trop de détails. Isoler le thème central. Ensuite je me donne pour objectif de finir la semaine avec un plan détaillé de la pièce - une sorte de casier à idées - et de commencer à écrire deux ou trois tableaux.

Les deux premiers jours, je suis pris d'une frénésie qui m'étonne moi-même. Si je continue comme ça, je vais dépasser mes objectifs ! C'est-à-dire que soudain je découvre qu'une journée peut-être suffisamment longue lorsqu'on n'a qu'une seule tâche à accomplir... Ce qui est rarement le cas le reste du temps pour moi !

Mais évidemment, le troisième jour ça commence à coincer. Je me rends compte à quel point j'ai du mal à choisir l'axe principal de ce que je veux raconter - tant de choses m'ont scandalisé ces dernières années. Du coup, plus j'avance dans mon découpage, plus les casiers à idées deviennent des fourre tout. Les idées se brouillent. L'angoisse me gagne et l'optimisme de la veille fait place à un pessimisme tout aussi intense qui me fait me dire qu'avec l'année qui m'attend, il me sera impossible d'écrire une pièce digne de ce nom. Je regarde mon agenda et là c'est la crise : je n'ai pas deux jours de libres d'affilé d'ici les vacances de Noël !

Une bonne nuit de sommeil et l'optimisme revient. La semaine va porter les fruits que j'avais imaginés.

 

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Mardi 3 octobre 2006.

Je rentre à Marseille avec les idées plus claires, un plan précis pour Cavale, un thème enfin défini, une liste définitive de personnages et trois tableaux écrits (premeir jet). De quoi m'apaiser durant la période de travail intense que sera cette première partie de saison.

De quoi parlera donc Cavale, le Cabaret grotesque ?

C'est l'histoire de six saltimbanques, certains venant du cabaret, d'autres du cirque. Ils ont décidé de fuir leur pays (qu'ils ne nommeront jamais) parce qu'ils y étaient en danger. Ils ont décidé de se réfugier en France, pays de culture, de liberté, l'égalité et de fraternité. Ils vont donc de jouer leur histoire en théâtre, danses et chansons, avec masques et marionnettes.

Leur histoire traite de la manipulation de toute une population par le pouvoir de l'image et par la dépendance à l'argent.

Toute ressemblance avec des personnes et des évènements ayant existé ne sera pas fortuite.

Patrick Rabier