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19.03.2007
ECRITURE : LA SUITE
24 décembre 2006.
Direction la campagne varoise où je vais m’isoler pendant dix jours. La frustration de trois mois sans écrire va se révéler un moteur suffisant pour démarrer au quart de tour. Qu’il est bon de retrouver ces personnages que j’ai laissés à l’état d’embryon et que je vais enfin pouvoir faire grandir !
Bien sûr, je vais encore avoir mes passages à vide, mes doutes : mon histoire a-t-elle vraiment un intérêt pour d’autres que moi ? Vais-je réussir à écrire clairement ce que j’ai en tête ? Après des créations à partir de Molière et de Brecht, n’est-il pas un peu prétentieux et inconsidéré d’imposer mon texte ?... En général s’ensuivent un ou deux jours de page blanche !
Mais c’est en me nourrissant des images de mes inspirateurs que l’excitation et l’inspiration sont revenues.
4 Février 2007.
Retour à Paris, by night. Salut Montmartre ! Un peu plus de quatre mois se sont passés depuis notre dernière rencontre, et figure-toi que je touche au but : plus que sept tableaux à coucher sur le papier.
Cette fois-ci, seulement trois semaines se sont écoulées depuis mes dernières lignes : tout est encore frais dans ma tête ; un peu comme si les personnages étaient maintenant de vieux amis. C’est la dernière ligne droite et l’inspiration, pour une fois, ne me lâche pas. Je me rends compte que finalement je peux réussir ce que je croyais impossible !
Durant mon séjour j’ai décidé d’aller voir la version française du show de Broadway, Cabaret, histoire de me plonger plus ou moins dans le milieu naturel de mes six héros.
La visite des Folies Bergères vaut le déplacement : on sent l’Histoire dès l'entrée dans le hall. La salle a été transformée en cabaret des années 30 pour l’occasion. Je me sens un peu comme dans un film.
Mais soudain la réalité me rattrape : j’ai payé 49€ pour me retrouver en fond de salle, derrière un pilier et une colonie de tables ! Et en plus ce soir-là, c’est le soir des remplaçants ! Le M.C. est vraiment très bien, mais celle qui joue Sally Bowles s’est trompée de spectacle… elle semble tout droit sortie d’une opérette proprette (n’est pas Lisa Minelli qui veut…) !
L’ensemble est assez décevant : un superbe décor, mais sans originalité, un big band de première classe, mais des costumes et des chorégraphies d’une pauvreté affligeante, un jeu très inégal -voire inexistant- une histoire plate et caricaturale comme seul Broadway en a le secret ! C’est dur de passer après Bob Fosse !
Cela m’a donné une envie : faire un spectacle dont les gens ne diront pas ce que je viens de dire !
Un peu de pression, ça ne fait de mal à personne !!
4 mars 2007.
Retour à la campagne... Comme un rendez-vous.
Cette fois-ci tout existe sur le papier (après quelques sauvegardes ratées m'imposant la ré-écriture de certaines scènes !) et ne demande qu’à être remanié, corrigé, vivifié.
Une grande nouvelle pour les six héros que j’ai quittés sur les dernières lignes d’un épilogue, trois semaines auparavant : ils ont pris corps lors des dernières séances de travail (encore un peu de patience et vous en verrez des images très bientôt !). Je les entend d'autant mieux parler que je les ai vus en chair et en os il y a quelques temps sur scène !
Cette fois-ci, c’est une partie de plaisir. Plus de grands doutes paralysants. Juste de l'excitation et ce qu'il faut d'inconscience. J’ai le vent en poupe. Je ne ferai pas de miracles : il me faudra y revenir plusieurs fois avant d’avoir entre les mains la pièce définitive, mais je sens qu’avec cette semaine et encore un peu de travail derrière, j’aurai de quoi mettre tout ça en jeu. Comme à chaque création, l’écriture se peaufine avec le travail en scène… Les évidences ne peuvent venir que du jeu, c’est leur milieu naturel !
Patrick Rabier
01:25 Publié dans Ecriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.03.2007
ECRITURE : 1ERE EPOQUE
Mardi 4 juillet 2006.
Le jour de mes 40 ans. Richard Martin me propose une co-production avec le théâtre Toursky. Quel plus beau cadeau pouvait-on me faire ?
Le compte à rebours est lancé : j'ai un an et demi pour écrire cette pièce. Mais quand je regarde mon emploi du temps de la saison à venir, j'ai quelques sueurs froides. Il faut donc que je m'y mette sur le champ.
L'excitation est là. L'envie aussi. Je rassemble toutes les notes que j'ai accumulées ces dernières années en vue de cette pièce. Et, acte symbolique, j'achète LE cahier qui servira à rassembler tout ça de manière plus sélective.
Mais des évènements inattendus et peu sympathiques me retiennent tout le mois de juillet au théâtre Marie-Jeanne. Impossible d'avoir la tête suffisamment disponible pour l'écriture. J'ai une gros problème : pour moi impossible d'écrire si je ne m'y donne pas de amnière exclusive. Gérer les affaires courantes, dénouer les problèmes et faire travailler mon imagination en même temps ? Non, décidément, mon cerveau n'est pas entraîné à ça.
Alors que faire ? Remettre ça au mois d'août ? Pas raisonnable. Après la saison que je viens de vivre, quelques semaines de pause me sont indispensables. Ce sera donc pour septembre. Une seule semaine semble propice... C'est déjà ça ! C'est donc décidé : j'irai écrire à Paris. Je prends mon billet de TGV.
Lundi 25 septembre 2006.
Arrivée à Paris. Direction Montmartre. Station Lamarck-Caulincourt. Quel meilleur endroit à Paris que Montmartre pour écrire ?
Je m'installe dans l'appartement où je serai seul pendant deux jours. Je sors mes feuilles volantes, mon cahier, mes documents pris sur internet, des magazines et journaux dont les articles ou reportages ont retenu mon attention... Je crée mon espace, si important pour me laisser porter par l'inspiration.
Cette semaine sera surtout dédiée à faire le tri de mes idées. Surtout ne pas partir sur trop de détails. Isoler le thème central. Ensuite je me donne pour objectif de finir la semaine avec un plan détaillé de la pièce - une sorte de casier à idées - et de commencer à écrire deux ou trois tableaux.
Les deux premiers jours, je suis pris d'une frénésie qui m'étonne moi-même. Si je continue comme ça, je vais dépasser mes objectifs ! C'est-à-dire que soudain je découvre qu'une journée peut-être suffisamment longue lorsqu'on n'a qu'une seule tâche à accomplir... Ce qui est rarement le cas le reste du temps pour moi !
Mais évidemment, le troisième jour ça commence à coincer. Je me rends compte à quel point j'ai du mal à choisir l'axe principal de ce que je veux raconter - tant de choses m'ont scandalisé ces dernières années. Du coup, plus j'avance dans mon découpage, plus les casiers à idées deviennent des fourre tout. Les idées se brouillent. L'angoisse me gagne et l'optimisme de la veille fait place à un pessimisme tout aussi intense qui me fait me dire qu'avec l'année qui m'attend, il me sera impossible d'écrire une pièce digne de ce nom. Je regarde mon agenda et là c'est la crise : je n'ai pas deux jours de libres d'affilé d'ici les vacances de Noël !
Une bonne nuit de sommeil et l'optimisme revient. La semaine va porter les fruits que j'avais imaginés.
Mardi 3 octobre 2006.
Je rentre à Marseille avec les idées plus claires, un plan précis pour Cavale, un thème enfin défini, une liste définitive de personnages et trois tableaux écrits (premeir jet). De quoi m'apaiser durant la période de travail intense que sera cette première partie de saison.
De quoi parlera donc Cavale, le Cabaret grotesque ?
C'est l'histoire de six saltimbanques, certains venant du cabaret, d'autres du cirque. Ils ont décidé de fuir leur pays (qu'ils ne nommeront jamais) parce qu'ils y étaient en danger. Ils ont décidé de se réfugier en France, pays de culture, de liberté, l'égalité et de fraternité. Ils vont donc de jouer leur histoire en théâtre, danses et chansons, avec masques et marionnettes.
Leur histoire traite de la manipulation de toute une population par le pouvoir de l'image et par la dépendance à l'argent.
Toute ressemblance avec des personnes et des évènements ayant existé ne sera pas fortuite.
Patrick Rabier
18:40 Publié dans Ecriture | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
05.03.2007
COMMENT CA S'EST PASSE ?
PREMIERE SEMAINE DE TRAVAIL : PREMIERES IMPRESSIONS
"Ca y est, nous avons commencé les répétitions !
Ca fait dix ans que je travaille avec Patrick. Le plaisir et l'excitation sont toujours là, et bien que certains exercices me semblent familiers, j'ai encore de nouvelles choses à explorer.
D'autre part, il y a de nouveaux partenaires sur le plateau et ça contribue au plaisir de découvrir, d'être surpris et de surprendre.
Cette première semaine se passe très bien.
Nous apprenons à nous connaître un peu mieux (pour ma part, je connais plus ou moins tout le monde) : du coups nous déconnons pas mal pendant les pauses, étape nécessaire pour pouvoir ensuite se faire confiance et montrer notre capacité à nous concentrer.
Affaire à suivre... Je suis patient, mais vivement la suite du programme des réjouissances !"
"Bon, cette première semaine s'annonce plutôt bien : la plupart des répétitions ne commencent qu'à 19h. Je vais pouvoir dormir un peu.
Qui sont tous ces gens ? Bon, je les connais quand même un peu. On boit le thé, on fume, on rigole, on rigole ! (je dois le dire : les blagues sont d'un haut niveau) Et puis allez, au boulot !!
Echauffement : j'ai un peu mal aux cuisses et aux mollets mais je me tais... Improvisations : qu'est-ce qu'on bouge ! C'est bien, ça va me dérouiller.
On prend le métro, je fais la mouche, je joue au ping-pong, je mets du coton dans le masque et je rigole !! C'est pas beau la vie ?
Va falloir qu'on se supporte, mais c'est plutôt bien parti. Ce n'est pas surprenant, nous sommes tous très intelligents et très bons ! A part peut-être... oui, enfin bon... je ne vais pas commencer, ça va durer un an, cette histoire !
Vivement la suite !"
"Mon premier contact avec les masques en cuir a eu lieu en 1996 ou 1997. C'était lors d'un stage sur le demi masque animé par Patrick.
En support de travail, les stagiaires devaient apprendre une scène du Songe d'une Nuit d'Eté de Shakespeare, un dialogue entre Obéron et Titania. Au moment de donner la réplique à ma Titania, j'ai choisi de poser le masque noir, le "Pantalone" - moi, je l'appelle l'Aubergine, c'est plus joli ! - et un personnage est apparu : ondulant, sifflant tel le serpent. Du moins c'est le souvenir que j'en ai.
Depuis j'ai souvent croisé ces masques sans jamais les poser. Jusqu'à cette première semaine de recherche pour Cavale.
J'ai encore choisi l'Aubergine, par nostalgie, et aussi pour savoir si ce personnage-serpent allait à nouveau faire surface. Et bien pas du tout ! Un Pantalone presque conventionnel et à la langue pendante a émergé...
A ce moment, j'ai senti que le temps avait passé, que mon expérience en jeu masqué avait, étrangement, faussé ma créativité pour ainsi donner naissance à ce personnage si convenu.
Alors j'ai mis de côté mes jugements pour me plonger dans le travail car cela n'était pas le plus important.
L'important, c'est ce qui est à venir..."
"Voilà la première semaine de travail ! Ca fait bizarre d'appeler ce truc qui t'éclate du travail !
Ca se passe relativement bien vu du plateau, en ce qui me concerne, en tout cas. On fait connaissance les uns avec les autres et, pour moi, un peu avec moi-même.
Le jeu masqué est un réel plaisir. Le masque que j'ai choisi (la Mort) m'inspirait vraiment. Même si une fois la spontanéité de la première improvisation passée, j'ai un peu ramé dans la suivante pour retrouver cet état si agréable où on a l'impression que c'est le masque qui dirige et qu'on se laisse porter.
Moralité : le masque, c'est comme le vélo, des fois y'a pas besoin de pédales, ça va tout seul, mais faut quand même regarder la route !
PS : apparemment le metteur en scène fait du chien de traîneau pendant son temps libre !!"
"Tenue neutre (noire) et collant sur la tête, nous reprenons tout depuis le début.
Concentration. Regard partenaire/public. Se re-familiariser avec les règles de l'improvisation. Puis nous avons posé les demi masques. Autant dire que ça n'a pas été une mince affaire pour moi. Monsieur Harold (mon clown) et Javelle (mon bouffon) revenaient au galop et ne laissaient que peu de place à cette nouvelle venue que j'avais nommé Fustine.
Ce masque s'inspirant fortement de l'Arlequin de la Commedia dell'Arte, j'avais du mal à traduire l'énergie positive qu'il dégage. Je réfléchissais trop. problème de placement de la voix. Démarche pas assez souple. Bref, j'ai galéré. Je n'aime pas être en situation d'échec et j'aime encore moins ne pas m'amuser sur le plateau. Heureusement la dernière séance a été moins douloureuse ; le masque me portait.
Nous avons fini dimanche 14 janvier au soir en improvisant avec des personnages inspirés d'animaux. Et me voilà soudain paon euphorique !
Prochaine étape en février pour partir à la découverte de nos personnages dans la pièce."
"Enfin la belle aventure vient de commencer !
Depuis que Patrick m'a parlé du projet au mois d'août, j'attendais le début des répétitions avec grande impatience. V'là, on y est !
On se met à nu, on cherche, on se trompe, on a peur, mais l'essentiel c'est qu'on y aille, qu'on se jette.
J'ai rencontré Patrick et l'équipe de Sam Harkand & Cie voilà deux ans, alors que je participais à un stage de clown. Et quelle découverte ! Une porte s'est ouverte... et alors que j'étais en train de pêcher, tranquille à la Ciotat, j'ai reçu un coup de fil de Patrick qui me disait simplement : "Viens, j'ai à te parler".
Et me voilà embarquée pour ce voyage. Et je n'ai qu'une envie : faire mes bagages pour partir le plus loin possible avec tous les voyageurs !"
21:55 Publié dans Comédiens | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
CAVALE : PREMIERS PAS SUR SCENE
Ca y est ! Après des mois de gestation, le projet qui n'existe encore que dans ma tête va enfin voir le jour sur le plateau. Ca faisait un bout de temps que je n'avais pas eu cette sensation d'excitation, vu que la dernière création -avortée - remonte à deux ans (Clown Celebrity). Mais cette fois-ci, c'est un peu particulier : même si la plupart des comédiens se connaissent, ils n'ont pas forcément travaillé ensemble sur une scène de théâtre.
Le but de cette semaine : reprendre tout à zéro pour que les six comédiens partent sur des bases communes puisque leurs expériences théâtrales sont différentes :
Fred et Sylvain ont pratiqué ensemble le demi masque il y a quelques années dans des ateliers que j'animais puis dans un spectacle que j'ai mis en scène : Le Misanthrope, Comédie Masquée de Molière.
Caro, même si elle a joué avec eux dans ma dernière création faisant appel aux principes du jeu masqué (Arturo Ui, Farce Bouffonne), n'a qu'une pratique succincte du demi masque.
Mag et Seb ont pratiqué le clown avec moi, mais pas le jeu masqué.
Marianne, elle, a participé à un de mes ateliers masqués voilà plus de dix ans... autant dire que ses souvenirs ont eu le temps d'être enfouis par d'autres expériences.
J'ai donc logiquement décidé que nous explorerions cette semaine le jeu masqué avec demi masque, puis sans.
Première étape : la neutralité. Faire table rase du savoir faire. Revenir au degré zéro du jeu. Laisser faire. Apprendre au corps (et au cerveau, par la même occasion !) les réflexes de jeu particuliers au jeu masqué : préciser le point de regard, intégrer le public, différer l'action et la réaction... Rien à voir avec le jeu réaliste ; nous sommes là dans un jeu épique.
Puis on travaille sur le corps et l'expressivité : on fait du morphing, on se transforme en monstre tentaculaire ou en petite créature surexcitée, on s'asseoit, on se lève, on s'insulte avec des noms de légumes, on fait le moulin à parole (les comédiens détestent... sauf Sébastien, mais je sais qu'il essaie de se faire bien voir !)
Les moments d'improvisation sont émouvants pour moi car j'assiste enfin à la vraie rencontre des comédiens. je vois comment ils entrent en contact, s'apprivoisent, communiquent : tout se passe à merveille, c'est encourageant pour la suite.
Vient alors la pause du masque en cuir. Cérémonial. Moments intenses.
Les premiers pas sont fascinants, même si ce n'est pas évident pour tout le monde. Certains ont des problèmes à se laisser porter par le masque ; ils ont tendance à vouloir l'amener à eux de force. D'autres ont plus de mal avec les règles du jeu masqué. Mais au bout du compte tout le monde finit par trouver sa voie (et sa voix) le samedi soir.
Pour conclure, le dimanche soir, j'aborde le jeu masqué sans masque. Nous travaillons sur l'animalité du personnage masqué. Nous affublons certains animaux d'adjectifs imposés. C'est très ludique et ça me donne plein d'idées pour la suite. Ainsi voient le jour :
la mouche désespérée et la panthère fourbe
l'écureuil paranoïaque et le paon euphorique
la limace vicieuse et la vache benête
Bientôt l'ouverture d'un zoo pour freaks au théâtre Marie-Jeanne !
Bilan de cette première semaine : la rencontre s'est faite avec enthousiasme et efficacité, même si les horaires de répétition n'étaient pas faciles pour tout le monde (certains jouaient la journée quand nous répétions le soir, avaient des ateliers le soir quand nous répétions la journée - pour ma part le week-end a été intense : atelier clown toute la journée jusqu'à 18h puis répétition jusqu'à minuit ou plus, plaisir partagé par Magali qui suit mon atelier en même temps !)
Il me fallait voir les comédiens en jeu pour pouvoir commencer à imaginer où je vais les amener ensuite pour trouver les héros de mon histoire (sujet de la prochaine session de travail en février). Ils m'ont nourri de pleins d'images et maintenant tout me semble plus limpide.
Vivement la suite !
Patrick Rabier
20:55 Publié dans Mise en scène | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
EN DIRECT DES COULISSES
20:55 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note











